Nantes, France
La langue maternelle et la
structure linguistique propres à une ethnie semblent condamner l’orthophoniste
au monolinguisme thérapeutique. Cependant, s’il est de
plus en plus confronté au plurilinguisme consécutif aux migrations de
populations et aux métissages ethniques, il doit aussi affronter le
multilinguisme qui sévit dans sa langue maternelle. En effet, l’éclatement des classes sociales
traditionnelles en une multitude de tribus sociales et dialectales crée autant
de parlers à usage interne, parlers sans structure, sans culture, sans
communication avec l’extérieur.
Si l’orthophonie traite depuis fort
longtemps à travers les populations de migrants ou de réfugiés les pathologies
langagières consécutives au bilinguisme, elle doit maintenant répondre au défi
du multilinguisme. Trop
hâtivement assimilé à un modèle de « langue parfaite »,
l’orthophoniste ne peut être ce polyglotte des langues maternelles et des parlers
des groupuscules sociaux sévissant dans sa propre langue. Une langue privée de ses racines maternelles, de la
culture qui la sous-tend, de ses spécificités sociales n’est qu’un lexique.
En intégrant au processus thérapeutique toute la
famille – avec ce qu’elle comporte de référents linguistiques, culturels et
sociaux spécifiques à son ethnie – l’orthophoniste peut agir avec cohérence et
efficacité, sans dénaturer sa pratique. Cette
orthophonie chargée d’ethnicité est plus qu’une réponse au défi du plurilinguisme,
du multilinguisme, du multiculturalisme. Elle
est une ouverture d’esprit qui renforce l’indispensable inter-communication
entre les peuples.
Mots-clés : langue maternelle,
plurilinguisme, multilinguisme, orthophonie familiale, orthophonie ethnique