
VIth CPLOL Congress
VIème Congrès du CPLOL
Die
kulturelle Vielfalt in einem mehrsprachigen Europa
Eine
Herausforderung für Logopäden/innen?
La diversité culturelle au
sein de l’Europe multilingue
Défi pour les orthophonistes
« Babel Europe ou la
diversité linguistique comme patrimoine de l’humanité »
Jean-Marc Kremer
Orthophoniste
Thionville - France
Mots-clé : langues maternelles, langues
secondes, multilinguisme, Europe, orthophonie-logopédie, CPLOL
Résumé : Le projet de
construction européenne est un projet unique dans l’histoire des peuples.
Longtemps ; on a cru au mythe de la tour de Babel comme malédiction pour
l’humanité, autrement dit que la diversité et le nombre des langues, et en
conséquence l’incompréhension qui en résultait entre les peuples, était cause
de conflits et de guerres.
Quel
est aujourd’hui l’état de l’Europe linguistique (limitée à l’Union européenne
des 25) : combien de langues maternelles, combien de langues importées,
combien de locuteurs pour chacune d’entre elles, y a-t-il la place pour une
nov-langue européenne ou internationale, quelles conséquences pour le CPLOL, et
surtout pour les thérapeutes du langage que nous sommes dans le cadre de la
circulation des professionnels au sein de l’Union, alors même que la
directive « qualifications » reconnaît pour notre profession (entre
autres) la nécessité d’une maîtrise linguistique? Telles sont quelques-unes des
questions que soulève cette intervention.
“The Europe of Babel : linguistic diversity as world heritage”
Key words :
first language, second language, multilingualism, Europe, Speech and language
therapy, CPLOL.
Abstract:
the project of building Europe is unique in the history of our people. For a
long time we believed in the myth of the tower of Babel representing a curse
for humanity; in other words that the diversity and great number of languages,
and thus the lack of understanding between people, was a source of conflicts
and wars.
What is the
current state of our linguistic Europe (limited to the European Union of
25) : how many first languages, how many imported second languages, how
many users for each of them, is there enough room for a new European or
international neo-language, what would it mean to CPLOL… And especially for us
language therapists in the context of free circulation of professionals within
the Union, keeping in mind the necessity for a linguistic proficiency standard, the “qualifications” directive
requires of our profession (among others). These are a few of the questions
raised in this speech.
„Babel
Europa oder die sprachliche Vielfalt als Erbgut der Menschheit.“
Stichwörter : Muttersprachen, Zweitsprachen
, Mehrsprachigkeit, Europa, Logopädie – Orthophonie, CPLOL.
Zusammenfassung:
Das Vorhaben des europäischen Aufbaus ist ein
einzigartiges Vorhaben in der Völkergeschichte. Lange hat man an das Mythos des
Turms von Babel geglaubt, das ein Unheil für die Menschheit sei, das heißt,
dass die Vielfalt und die Zahl der Sprachen und deswegen die
Verständnislosigkeit, die zwischen den Völkern entstand, der Ursprung der
Konflikte und der Kriege sei.
Wie ist heute der Zustand des sprachlichen Europas (EU
mit 25 Mitgliedern): Wie viele Muttersprachen, wie viele importierte Sprachen,
wie viele Sprecher für jede Sprache, gibt es Platz für eine europäische oder
internationale Neue Sprache („Nov-langue“), welche Konsequenzen ergeben sich
daraus für den CPLOL, und vor allem für uns Sprachtherapeuten im Rahmen des
Personenverkehrs innerhalb der EU, angesichts der Tatsache, dass die Richtlinie
„Anerkennung der Qualifikationen“ für unseren Beruf (unter anderen) die
Notwendigkeit einer Beherrschung der Landessprache hervorhebt? Dies sind einige
der Fragen, die diese Rede aufgreift.
La construction de l’Europe est, pour nos générations, un des projets les plus ambitieux et enthousiasmant de la seconde moitié du vingtième siècle. Pour la première fois, en effet, des pays décident de leur propre chef de s’unir dans et pour la paix, puis essaient de s’harmoniser dans tous les domaines. En effet, auparavant dans l’histoire, la constitution d’ensembles de peuples s’est toujours réalisée impérialement, et par la force ; et c’est une idéologie dominatrice qui imposait aux « vaincus » ses lois et … sa langue. Cette idéologie agressive représente, de facto, le châtiment inverse de la punition divine babélienne, à savoir gommer par la force les langues et par là la culture, en imposant la langue, c’est-à-dire la vision du monde, la pensée et la culture du vainqueur.
Parallèlement, et paradoxalement, après des siècles où régnait cette prétendue « malédiction » linguistique divine qui, soit dit en passant, dépasse largement notre culture judéo-chrétienne (voir l’exemple de telle tribu amazonienne, de telle peuplade aborigène d’Australie, ou de telle croyance des Kabyles*…), se dessinait et s’imposait peu ou prou une conception du respect des différences et des cultures, et aussi de toutes les langues, héritage du siècle des Lumières et des sciences humanistes des deux derniers siècles. Dans le même temps, d’une part en raison du mouvement de la « décolonisation » généralisée et des besoins économiques immigratoires des pays dits développés, en raison aussi des progrès facilitant les transports dans le monde, se dessinait la mondialisation, avec son corollaire malfaisant la globalisation, nouvel impérialisme.
Notre vieille Europe se rassemblait et se reconstruisait sur les ruines de la seconde guerre mondiale dans un mouvement lent mais irrémédiable, et les échanges économiques, commerciaux mais aussi culturels se trouvaient entravés par le problème de la compréhension du aux multiples et diverses langues qui se confrontaient. Réapparaissait cependant régulièrement le mythe de la langue unique perdue, qui doit faciliter la compréhension interhumaine et éviter différends et conflits, que cette langue unique soit inventée de toute pièce, tel l’Espéranto, ou qu’elle se crée de fait sur les vecteurs commercial et idéologique les plus vigoureux et pour s’étendre insidieusement et ainsi imposer une espèce de « pidgin anglophone international », langue globale sinon globalisante, celui que l’homme utilise pour se faire comprendre, d’Arkhangelsk à la Terre de feu, cette « pseudo nov-langue » aux multiples accents et à la phonologie variable, qui seule menace véritablement la langue anglaise. Bien évidemment, les pays aux traditions linguistiques fortes essayaient de mettre en place des politiques linguistiques, avec le succès qu’on leur connaît, particulièrement en France.
Les
langues et l’orthophonie
Les orthophonistes-logopèdes sont depuis l’origine de leur profession confrontés au problème de la communication entravée, donc des langues non ou mal maîtrisées, que ces troubles soient d’origine pathologique, sensorielle, motrice ou mentale, au cours du développement ou acquis. Outre la question éthique et générale du rôle normatif que peuvent avoir et ont l’orthophonie et les orthophonistes par rapport à la langue, à sa maîtrise, à son évolution, se pose aussi désormais, et de plus en plus souvent, la question du choix de la langue, langue d’origine, première ou maternelle, ou bien langue seconde des patients ; que cette langue soit une langue étrangère dans le cas de l’immigration, ou que cette langue soit celle d’une communauté identitaire, comme dans le cas des parlers idiomatiques des banlieues par exemple.
Dans quelle langue « rééduquer », dans ces cas-là ? Et d’abord, est-ce là la vraie question pour les thérapeutes que nous sommes ? Avons-nous en effet pour mission d’apprendre à un patient la maîtrise d’une langue particulière, la nôtre en l’occurrence, ou avons-nous pour vocation la conquête ou la reconquête de la communication en premier lieu, communication qui passe bien évidemment aussi par une ou plusieurs langues? Et dans ce cas, n’est-ce pas plutôt « accueillir » qui doit être la première étape du travail de l’orthophoniste-logopède ?
Enfin, alors que s’est mise en place la reconnaissance mutuelle des diplômes pour faciliter les migrations professionnelles au sein de l’Union, et que la nouvelle directive « qualifications » nous donne satisfaction quant à la prise en compte du problème de la maîtrise linguistique des professionnels accueillis, se pose à nous la question de l’évaluation de cette « maîtrise linguistique » du candidat : quel niveau de langue « seconde » faut-il avoir pour pouvoir « rééduquer » dans la langue du pays hôte ? Car tout le monde sait bien que la possibilité de traduction littérale, si elle permet une bonne communication interpersonnelle dans la vie quotidienne courante, apparaît très justement insuffisante pour bon nombre de prises en charge thérapeutiques en orthophonie.
Nous ne pourrons évidemment pas répondre de manière univoque et facile à toutes ces questions : le défi de la construction de l’Europe est aussi celui des langues, de leur respect, et de la difficulté spécifique qu’elles posent dans cette construction qui se voudrait harmonieuse…
Etat
des lieux linguistique dans l’Union européenne
Depuis le traité de Rome en 1957, l’ancienne Communauté Economique Européenne est passée de 6 à 25 pays membres au 1er mai 2004. Et ce mouvement, bien que ralenti par les derniers débats européens, devrait encore s’accroître dans les années à venir.
Passons en revue les langues officielles actuellement usitées dans les 25 pays qui composent à ce jour l’Union (dont la Suisse et la Croatie membres du CPLOL) , et le nombre d’habitants pour chaque pays :
- Allemagne : 82 500 000 habitants - langue officielle: allemand et minorités parlant le frison et le souabe
- Autriche : 8 200 000 habitants - langue officielle : allemand et minorités parlant le slovène, le croate et le hongrois
- Belgique : 10 500 000 habitants – langues officielles : le néerlandais en Flandres et la français en Wallonie, et une minorité germanophone
- Chypre : 780 000 habitants – langues officielles : grec et turc
- Danemark : 5 400 000 habitants – langue officielle : danois, et minorités parlant le féringien, le groenlandais, l’allemand et le frison
- Espagne : 40 400 000 habitants – langues officielles : castillan, catalan, basque, galicien
- Estonie : 1 400 000 habitants – langue officielle : estonien, et minorité de langue russe
- Finlande : 5 200 000 habitants – langue officielle : finnois, et suédois dans l’archipel d’Aland et dans les zones côtières
- France : 62 400 000 habitants – langue officielle : français, avec des minorités en occitan, en basque, en breton, en corse, en catalan, en alsacien, le néerlandais et l’allemand sont également parlés dans certaines régions
- Grèce : 10 700 000 habitants – langue officielle : grec
- Hongrie : 10 300 000 habitants – langue officielle : hongrois et minorités de langue croate, allemande, slovaque, serbe, slovène, roumaine et rom
- Irlande : 3 950 000 habitants – langues officielles : anglais et irlandais
- Italie : 57 200 000 habitants – langue officielle : Italien, et minorités parlant allemand, français, frioulan, ladin, occitan, sarde et slovène
- Lettonie : 2 500 000 habitants – langues officielles : letton et russe
- Lituanie : 3 600 000 habitants – langue officielle : lituanien, et minorités de langue russe, polonaise et biélorusse
- Luxembourg : 550 000 habitants – langues officielles : luxembourgeois, français, allemand
- Malte : 450 000 habitants – langue officielle : maltais et anglais
- Pays Bas : 16 150 000 habitants – langue officielle : néerlandais, et minorité parlant le frison
- Pologne : 38 000 000 habitants – langue officielle : polonais, l’allemand est aussi fort parlé, ainsi que des minorités parlant biélorusse et ukrainien
- Portugal : 10 400 000 habitants – langue officielle : portugais
- République tchèque : 10 400 000 habitants – langue officielle : tchèque, et minorités de langues slovaque, polonaise et allemande
- Royaume Uni : 60 500 000 habitants – langue officielle : anglais et minorités parlant le gallois et le gaélique
- Slovaquie : 5 500 000 habitants – langue officielle : slovaque, hongrois et tchèque, minorité parlant ukrainien
- Slovénie : 2 050 000 habitants – langue officielle : slovène, mais aussi hongrois et minorités parlant l’italien
- Suède : 8 950 000 habitants – langue officielle : suédois
-
Suisse : 7 400 000 habitants - langues
officielles : français, allemand, italien et romanche, et d’autres langues
pour 9% de locuteurs
-
Croatie : 4 500 000 habitants - langue officielle :
croate
Les quelque 470 000 000 habitants de l’Union européenne (plus la Suisse et la Croatie) parlent quelque 22 langues nationales, tandis que des minorités parlent une quarantaine de langues secondaires ou frontalières ; encore n’est-il tenu ici aucun compte des langues d’immigration, ni des patois ou idiomes très localisés ; ni de la langue des signes, qui est « parlée » dans tous les pays.
Nous imaginons aisément les efforts qu’il faut consentir aux institutions européennes pour assurer une bonne traduction-compréhension dans toutes les langues nationales, sachant que les langues officielles de l’Union demeurent l’anglais et le français, et que de plus en plus nos représentants s’expriment dans un anglais qu’on pourrait qualifier d’européen. Et nous n’osons imaginer les budgets qui sont consacrés, par l’Europe, ainsi que par chacun des pays membres, pour les traductions de documents officiels et pour l’interprétariat de conférence…
Avant le 1er mai 2004, lorsque l’UE
comptait 15 pays membres, on dénombrait 13 langues nationales différentes; mais
deux états ayant renoncé à l'usage de leur langue nationale - l'Irlande
(gaélique)et le Luxembourg - il ne
restait que 11 langues officielles, soit 110 combinaisons possibles
d'interprétation. L’UE à 25 membres comme actuellement (et bientôt peut-être à
27), devra travailler avec au moins 22 langues, soit 462 combinaisons
possibles, ce qui rendra la traduction simultanée techniquement impossible…
Ceux qui participent aux travaux du CPLOL se rendent compte de la difficulté et du temps qu’il faut pour avoir le sentiment de s’être compris… Quelles langues officielles, quelles langues de travail, voilà encore des questions que doivent se poser sans cesse nos organisations européennes.
Les langues européennes participent de 6 racines ou familles de langues :

Nombre
de locuteurs pour les « grandes » langues nationales
européennes:
-
l'allemand est parlé par 125 millions d'européens
-
le français par 69 millions d'européens
-
l'anglais par 65 millions d'européens
-
l'italien par 58 millions d'européens
-
l'espagnol par 45 millions d'européens
En s’en tenant à de simples chiffres statistiques, il conviendrait que les trois langues officielles européennes soient, dans l’ordre : l’allemand, puis le français, puis l’anglais…
Si l’on ne voit dans la langue qu’un simple vecteur
de communication technique ou quotidienne, sorte de code rudimentaire pour
l’échange d’informations instrumentales, alors là, certes, une seule langue
simplifiée, de commodité pourrait-on dire, peut être justifiée. Une langue,
nous le savons bien, ce n’est pas que cela ; c’est aussi, et peut-être
surtout, le véhicule de la pensée, et une langue plonge ses racines dans
l’histoire et dans l’inconscient des peuples, dans le substrat des sociétés
humaines, dans leurs traditions collectives, dans leur façon de penser le monde
et de même l’exprimer à travers le droit et les mœurs par exemple.
C’est l’histoire même de la construction de
l’Europe, à ses débuts, qui explique que l’anglais et le français soient
devenues et restées les langues officielles et institutionnelles ; mais
nous savons que les langues de travail sont plus variées.
Aller vers l’unilinguisme, en ce moment même de
notre développement européen, alors que nous pouvons imaginer élargir encore
notre espace commun dans l’avenir, en faisant fi de l’histoire, de la
psychologie voire du simple bons sens, ce serait se comporter comme des élites
transnationales et technocratiques méprisantes qui auraient la volonté de
rester entre elles, au sein d’une espèce de coterie qui érigerait un mur de la
langue face aux autres.
Alors, pour trouver une mesure, la combinaison
anglais-français-allemand pourrait être une solution moyenne qui permettrait à
nos institutions, et au CPLOL également, de respecter à la fois l’usage,
l’histoire et la démographie linguistique…
Les confrontations d’orthophonistes-logopèdes au sein du CPLOL, par la variété même des langues qu’ils utilisent, prouvent ainsi que notre discipline, bien qu’ayant un socle commun largement partagé, manifeste, selon les pays, des différences plus ou moins notables dans les concepts utilisés, dans la terminologie usitée, voire dans la nature et dans le domaine de notre intervention. De cette différence qui n’est pas que linguistique naît la richesse de l’orthophonie-logopédie, que toute tentative de « globalisation » par une langue unique risquerait de menacer.
Et les
autres langues ?
Alors, bien sûr, c’est un parti pris, une conception humaniste, non seulement que de respecter les langues et les cultures – l’Europe est si variée et si multiple – mais bien plus encore que de les cultiver, même si on perçoit que le mouvement inéluctable de l’histoire et du commerce humains, par commodité, sélectionne les codes et fait mourir chaque année nombre de langues parmi les quelque 6 700 actuellement recensées sur la planète…
Le problème, pour nous thérapeutes du langage, ne se pose donc plus exclusivement par rapport aux seules langues européennes : on sait que dans notre profession si spécifique, en dehors des zones à la langue commune, peu nombreux seront les professionnels à émigrer/immigrer au sein de l’Union, tout du moins pour exercer en tant qu’orthophonistes-logopèdes. Le problème se pose davantage par rapport aux langues qui sont importées et parlées par les innombrables personnes immigrées originaires des pays hors de l’Union, qui arrivent chaque année dans nos pays, la plupart du temps pour des raisons économiques, et dont nos économies ont besoin : les parlers arabes, le turc, le pakistanais, les langues asiatiques, celles des pays est européens, les langues africaines… La mondialisation, la paupérisation endémique de certaines régions du globe, malgré les politiques frileuses de contrôle migratoire mises en place ici ou là n’arriveront qu’à contrôler ce mouvement en surface. Il faudra donc s’adapter, et respecter : l’intégration suppose l’acceptation de la culture et de la langue dans les deux sens, de la part de celui qui arrive au pays, de la part de celui qui accueille aussi.
Les thérapeutes que nous sommes auront donc pour mission de prendre en compte encore davantage ces données, pour exercer leur profession de la manière la plus respectueuse qui soit, à savoir se faire aider pour évaluer les troubles éventuels dans ces langues premières d’importation avant que ne soit acquise nettement la langue seconde du pays d’accueil, réaliser des documents d’information préventive dans les langues naturelles parlées par les populations, accueillir les parents immigrés qui ne maîtrisent pas notre langue dans le respect auquel a droit tout être humain, ne pas manifester de jugement méprisant quant à l’usage de tel jargon ou de tel langage identitaire…
Les professionnels de santé que nous sommes sont tenus à une déontologie et à une éthique qui font partie des principes humanistes universels.
Une
conclusion pleine de questions…
Etre professionnel de santé dans une Europe en construction impose une responsabilité, celle de concourir à la mise en place de politiques de santé publique pour le bien-être physique, mental et social des citoyens.
Etre orthophoniste-logopède dans une Europe en construction commande une attitude de respect de la personne, aussi et surtout dans ses dimensions linguistique et culturelle, tant il est vrai que l’histoire de chaque sujet passe par la communication.
Notre réflexion débouche donc sur quelques questions dans deux domaines:
-
qu’est-ce que la
« rééducation » du langage, ce d’autant plus que le thérapeute
peut-être amené à rencontrer des difficultés de communication avec son patient
à travers la langue ?
-
quelle langue choisir, lorsque
le patient a une langue première différente de celle du thérapeute, et comment
évaluer au plus juste ses troubles éventuels, puis comment les traiter ?
-
quelles langues officielles
retenir à l’avenir pour les échanges dans notre organisation, le CPLOL ?
-
quelle langue ou quelles
langues de travail choisir, dans nos commissions de réflexion ?
-
quels critères déterminer pour
évaluer, comme le stipule la nouvelle directive « qualifications »,
la maîtrise linguistique de l’orthophoniste-logopède migrant au sein de
l’UE ?
En une période où la communication prouve ses limites de manière effrayante, où « l’autre », le dissemblable, l’étrange, semble devenir à nouveau une menace que des lustres d’apprentissage de la différence et de la relativité culturelle paraissaient avoir conjurée, où les cultures et les mœurs s’entrechoquent parfois avec les bruits de l’émeute et du terrorisme, où une guerre larvée patente rampe et menace, le langage ne peut plus se borner à être seulement le propre et l’orgueil de l’homme. Vision du monde, système de pensée plein de subjectivité, outil de communication et de dys-communication, nous devons désormais le considérer non plus comme le tout qui nous englobe, mais à travers ces « tout » que sont les différentes langues, dans la réciprocité et l’interaction mêmes qu’il permet.
Pour terminer, je voudrais livrer à votre réflexion
la phrase de Claude Lévi-Strauss, ethnologue, qui écrivait, dans « Tristes
tropiques » :
« L’humanité est constamment aux prises avec
deux processus contradictoires dont l’un tend à instaurer l’unification, tandis
que l’autre vise à maintenir ou à rétablir la diversification ».
Battons-nous pour une réelle harmonisation qui permette à chacun de trouver dans la justice et le respect son compte dans notre société européenne, tout en respectant notre histoire, nos histoires, notre culture, nos cultures, notre langage et nos langues. Nos langues sont notre patrimoine, tout comme les vestiges archéologiques, les châteaux, les cathédrales, la peinture, le théâtre, l’opéra et la littérature...
Et c’est dans cette histoire-là aussi, celle de l’humanité, que s’inscrit l’orthophonie-logopédie…
Pas
belle l’Europe ?
1000 Merci et plus…
Exemples du Patrimoine linguistique
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so (haut-sorabe)
Z’e’kujom se (bas-sorabe)
Tack (suédois)
Dêkuji (tchèque)
Diakouyou (ukrainien)
Dank
(yiddish)

Bibliographie
- BRETON Roland, Atlas des langues du monde, une pluralité fragile, Editions Autrement, collection Atlas/Monde, Paris, 2004
- CALVET Jean-Louis, in Le Courrier de l’UNESCO, Avril 2000
- FELCE Françoise, Malédiction du langage et pluralité linguistique – Essai sur la dynamique des langues-langage, L’Harmattan, Paris, 2005
- HAGEGE Claude, Halte à la mort des langues, Odile Jacob, Paris, 2000
- JAYNES Julian, La naissance de la conscience dans l’effondrement des esprits, PUF, Paris, 1974
- MALTERRE Jean-François, PRADEAU Christian, L’Union européenne en fiches, Comprendre et Intégrer, 2ème édition, Bréal, Rosny, 1997
- Courrier International, Hors-Série Culture, Cause toujours, A la découverte des 6700 langues de la planète, Paris, Mars-avril-mai 2003
- Eurosource, Guide de l’Europe à 25, Le Trombinoscope, Levallois-Perret, 2005
* Exemples empruntés à l’article « The language
of Paradise – Myths of the confusion tongues paru dans « Language
Miniatures » sur le site : http//home.bluemarble.net/~langmin/ cité par Françoise Felce :
« Une tribu amazonienne croit que la divinité a divisé les peuples en
divisant leurs langues de manière à s’en faire obéir. En Australie, certains
indigènes rapportent que le mal est né à la suite d’un acte de
cannibalisme : les tribus qui avaient consommé la chair de la victime
parlaient une langue claire, celles qui avaient absorbé les organes internes –
ici évidemment objet d’un tabou -, une langue incompréhensible. De même, les
Kabyles imputent la différenciation des langues à une querelle entre les
peuples ».