Summary
Sommaire Texte
en anglais
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La thérapie orthophonique à l’Ecole St Catherine : le rôle des orthophonistes dans un milieu pédagogique
Brigid Clifton
Head Speech and Language Therapist
St Catherine’s School Grove Road,
O38 1TT
Ventor Isle of Wight (Angleterre)
Tél.: 0198 852722
Télécopie : 01983857219
Cette communication concerne l’efficacité des orthophonistes travaillant en mode intensif avec des élèves en milieu pédagogique. On définit l’efficacité comme étant ce qui produit ou est certain de produire un effet désirable. Dans ce cas précis, l’efficacité est un résultat pour les élèves qui parviennent à atteindre leur potentiel comme membres utiles et concernés dans la société où ils peuvent mener une vie normale.
Le but de cette communication est a démontrer que les résultats pour les enfants et les jeunes porteurs d'un déficit important de parole et de communication sont chez les traumatisés crâniens influencés positivement vers la vie adulte grâce à la participation assidue, informée, intensive et collaborative de l’orthophonie dans leur éducation ; un milieu pédagogique qui est capable de s’adresser aux besoins très particuliers d’un jeune qui grandit avec un grave défaut de langage. C’est ce milieu qui est offert à l’école St Catherine, qui fait partie d’un très petit nombre d’écoles spécialisées au Royaume-Uni pour les enfants avec un développement de la parole et du langage gravement atteint.
Les enfants dont il est question dans cette présentation ont tous un problème de parole et de langage assez sévère pour mériter un " Statement of Special Educational Needs " - littéralement, une déclaration des besoins pédagogiques spécifiques. Certains peuvent avoir d’autres difficultés, physiques et affectives.
Dans la plupart des cas, quand les enfants commencent l’école à l’âge de 5 ans, on a déjà identifié leurs gros problèmes de communication ; cependant, un petit pourcentage n’est identifié que plus tard dans leurs orientations pédagogiques
Dépistage et suivi orthophonique
Au Royaume-Uni, les bébés et les enfants en milieu préscolaire sont subi diverses évaluations (Early Years) effectuées par les services médico-sociaux. Le but de ces évaluations est de maintenir le développement des enfants, d’informer et de préparer leurs parents et d’identifier, le plus tôt possible, les enfants qui ont des besoins spécifiques de développement et de pédagogie. Les thérapeutes en orthophonie jouent un rôle important dans ces équipes " âge précoce " et travaillent en partenariat avec les médecins à domicile et le personnel médico-social.
Quand un enfant d'âge préscolaire est identifié comme ayant une difficulté de parole, et /ou de communication, la première intervention orthophonique sera faite par le service de NHS (Service Médical National ) soit par une orthophoniste dans une clinique médico-sociale soit par une thérapeute de NHS spécialisée en orthophonie pédiatrique. L’évaluation à ce niveau préscolaire, concerne également les services locaux de l’enseignement (LEA) via une psychologue scolaire, ou par un placement dans une école maternelle de développement, ou la participation d’une équipe pédagogique spécialisée, par exemple les " Equipes Portage ".
Selon les progrès de l’enfant et la disponibilité des ressources à l’inscription en milieu scolaire, il peut suivre des cours dans un centre de communication et de langage, dirigé par les services locaux de l’enseignement (LEA) ou, s'il en a la chance, entrer dans une des écoles indépendantes, spécialisées dans la parole et la communication. A cet âge-là, cela n’arrive que quand l’enfant habite assez près de l’école pour y aller comme externe.
L'orthophonie dans le centre de communication et de langage de la LEA est souvent financée par le service de la NHS, bien qu’il existe parfois des fonds éducatifs pour quelques heures d'orthophonie. Ceci peut durer pendant quelques années mais rarement après l’âge de onze ans, l’âge auquel les enfants au Royaume-Uni passent dans le cycle secondaire.
Dispositif axial - la campagne pour l’intégration scolaire
A l’âge de onze ans, les enfants au Royaume-Uni passent au niveau 3 de l’échelle Key du programme national. C’est le début du cycle secondaire - la façon d’éduquer passe d’un système où les enfants apprennent essentiellement dans une classe où la plupart des leçons est donnée par une seule institutrice, à un système basé sur des matières enseignées par différents professeurs.
Deux questions principales déterminent la façon de traiter les besoins d’un enfant qui a des problèmes de parole et communication à ce stade.
La première est la perspective historique de l’éducation, touchant également certains domaines de la profession d’orthophoniste, où les enfants avec de telles difficultés de parole et de langage ne feront plus de progrès significatif dans une école secondaire " normale ". Ils ont donc besoin d’entrer dans une école où la façon d’éduquer est adaptée à leur besoins pour que ces enfants puissent poursuivre leur éducation. Même s’il existe des difficultés de langage évidentes qui touchent la vie quotidienne, beaucoup d’enfants ne seront pas suivis en orthophonie parce qu’ils n’auront pas le niveau requis en terme de différence verbal/non-verbal. Bishop (1998) est assez radicale sur ce point car pour elle le Q.I. non-verbal est sans rapport avec le diagnostic de trouble spécifique du langage parce que les déficits principaux du trouble spécifique du langage affectent les compétences de langage qui sont largement indépendantes des habilités mesurées par les tests de Q.I.. Elle note que les décisions concernant ceux qui devraient bénéficier d’un suivi orthophonique doivent être basées sur l’efficacité de la thérapie.
Le deuxième point de vue est qu’il devrait être possible d’intégrer l’enfant dans le milieu scolaire normal à cet âge ou même plus tôt - que l’intégration scolaire peut satisfaire les besoins pédagogiques et sociaux de l’enfant et qu’il sera désavantagé si cela n’arrive pas.
Miller (1999) déclare aussi, que dans un cadre normal les enseignants adoptent une approche ‘enrichie’ concernant la présentation d’un choix large de situations langagières et en mettant en valeur l’apprentissage linguistique. Cette approche n’aide pas l’enfant qui a des difficultés spécifiques et persistantes du langage. Peu d’enseignants savent comment travailler avec des élèves qui ont des difficultés de langage. Parents et enseignants identifient facilement les problèmes de communication qui engendrent la réduction d’intelligibilité ou des phrases structurellement immatures. Mais ils sont beaucoup moins sensibles aux problèmes de langage qui affectent la compréhension, la taille du lexique, ou la mémoire verbale (Bishop 1997).
Il est vrai que dans la plupart des écoles le mot langage est synonyme de savoir lire et écrire, surtout en éducation secondaire. A ce stade dans le milieu courant, les besoins de l’enfant ayant des problèmes ou un trouble de parole et de communication ne sont pas satisfaits. A l’école secondaire " normale ", les élèves ont des professeurs qui ne connaissent pas ou très peu les élèves en dehors de la classe. Les exigences du programme du cycle secondaire font que la compréhension, la complexité et le développement conceptuel du langage augmentent énormément à mesure que l’enfant progresse dans ses études. Beaucoup d’enfants avec des troubles du langage ne sont pas capables de suivre sans un bon niveau de soutien. La vitesse à laquelle on leur demande d’acquérir de nouvelles compétences, d’acquérir et d’intégrer un vocabulaire nouveau et de comprendre des concepts et de l’information augmente d’une manière significative. Alors que l’élève pourrait avoir les capacités cognitives pour accéder aux connaissances, il a besoin d’un bon niveau de soutien pour comprendre le langage associé à cette connaissance. Une collaboration entre les professeurs et les orthophonistes pendant l’orientation pédagogique de l’enfant est nécessaire pour satisfaire les besoins des élèves ayant les difficultés importantes de parole et de communication dans le milieu scolaire " normal ".
Le manque d’équipes d’orthophonie au Royaume-Uni et la priorité du dispositif dans les premiers années du développement abouti à un manque de centres ou de support adapté d’orthophonie disponible à ce groupe d’enfants, dans l’enseignement secondaire. Dans la plupart des cas, le soutien orthophonique se limite à une guidance.
Dans cette situation, les parents, les professeurs et les psychologues scolaires doivent parfois rechercher au-delà du service publique en matière d’éducation et se tourner vers le secteur privé, afin de trouver des environnements qui pourraient fournir un mélange éducatif / orthophonique qui permettra aux enfants de mettre en œuvre leur potentiel et de développer leurs talents. Parfois ceci peut mener à une confrontation entre les parents et ceux qui gèrent le budget de l’éducation - les services locaux de l’enseignement qui ont la responsabilité de trouver un compromis entre les besoins spécifiques d’un enfant et les réalités financières locales. Beaucoup d’enfants perdent ainsi lune chance d’éducation spécialisée. La majeure partie des soins orthophoniques étant délivrée par le Service National de Santé (NHS) complique encore plus cet état de fait.
L’école St Catherine
L’école St Catherine est une école privée spécialisée (non subventionnée par l’état) fonctionnant en internat et reconnue par le Secrétaire d’Etat à l’Education comme établissement d’éducation spécialisée pour des élèves ayant des troubles de la parole et de communication. L’école reçoit des élèves entre 7 et 19 ans, garçons ou filles (bien que il y ait moins de filles que de garçons). La majorité des élèves est interne mais quelques-uns sont externes.
Les frais de scolarité sont payés par les services locaux d’éducation (LEA) qui, selon les termes de la loi sur l’éducation de 1981, sont obligés de fournir aux enfants un environnement éducatif qui puisse satisfaire leurs besoins d’éducation spéciale. Si ce service n’est pas disponible dans la localité, ils doivent assister les parents dans la recherche d’un établissement approprié ailleurs. Les élèves peuvent être adressés à l’école à n’importe quel âge. Ils arrivent souvent à l’âge de 14 ou 15 ans et viennent surtout des écoles " normales ". Mais la plupart des entrées se font à 11 ans, âge du début du cycle d’enseignement secondaire. D’autres élèves viennent à l’école à l’âge de 16 ans pour passer 2 ans dans le centre des 16 ans et plus où ils suivent un programme d’orientation professionnelle, ou pour les cours d’un plus haut niveau.
Chaque élève a un trouble de parole et / ou de communication qui est d’une telle sévérité qu’ils sont franchement handicapés dans l’accès au programme national. Chaque élève a un " Statement of Special Educational Needs " (déclaration de besoins spécifiques) pour établir leurs besoins individuels intensifs en orthophonie, et la prise en charge se fait en collaboration avec l’équipe pédagogique.
Les troubles de parole et de communication des élèves peuvent être très différents d’un point de vue symptomatologique. Les symptômes d’un trouble de parole et de communication peuvent résulter d’une vaste gamme d’infirmités et les conséquences varient d’un individu à l’autre. Quelle que soit l’étiologie, les conséquences d’un trouble du langage seront démontrées par le manque habileté à apprendre en classe. La distinction entre un trouble expressif et un trouble réceptif n’est pas claire. Les élèves peuvent manifester une variété de difficultés sociales et interpersonnelles. Ils peuvent être égocentriques. Souvent ils manifestent des éléments de retard de développement, surtout dans le domaine social. Beaucoup d’élèves ont des problèmes perceptifs. Quelques uns ont des troubles de mémoire et d’organisation ce qui est fréquent chez ces enfants. Certains ont des problèmes de voix et de débit. Il y a très souvent des difficultés de motricité fine et globale, comme chez les enfants dyspraxiques. Tous les élèves ont des problèmes particuliers pour apprendre à utiliser le langage de façon normale et efficace comme un outil pour apprendre et travailler avec les autres.
Les besoins pédagogiques des élèves sont tels qu’il est nécessaire de modifier le programme national en termes de rythme d’acquisition des connaissances, de contenu et du nombre d’heures données par matière. Le programme est fortement centré sur les habiletés fondamentales : langage oral, langage écrit et numération et prend en considération le fait que les élèves ont besoin d’un soutien important et concentré pour qu’ils puissent acquérir un langage de base qui leur permettra d’accéder à des concepts plus difficiles et plus abstraits. Le vocabulaire et les concepts sont très ciblés dans chaque matière. Les groupes-classes sont petits (entre 8 et 12 élèves par classe). Le regroupement est fait par âge et non selon leurs difficultés apparentes. Il existe donc un mélange des compétences, des forces et des faiblesses en matière de capacités d’acquisition et d’habiletés pragmatiques ce qui est très important pour apprendre comment comprendre et se comporter avec les autres.
Le mode de fonctionnement
L’école St Catherine emploie 8 orthophonistes qui travaillent à plein-temps avec les élèves. Les orthophonistes travaillent en collaboration avec l’équipe pédagogique et l’équipe soignante pour s’assurer que les besoins de communication des élèves soient identifiés et satisfaits dans tous les aspects de leur vie scolaire. Les orthophonistes à l’école de Sainte Catherine font partie intégrante de l’équipe pédagogique et quand c’est nécessaire, prennent contact avec l’équipe soignante et les parents. L’école fonctionne en deux secteurs, de 8 à 16 ans et de 16 ans à plus. Chaque orthophoniste travaille avec un professeur et un petit groupe d’élèves.
Les orthophonistes respectent des périodes-clés. Elles correspondent à des tranches d’âge dans le programme National dont la fin est marquée par des évaluations nationales statutaires. Donc les orthophonistes ont une très bonne connaissances de ‘leur’ programme ainsi que du vocabulaire, des concepts et des exigences pédagogiques concernées.
Les orthophonistes et les professeurs travaillent en équipe pour satisfaire les besoins individuels et communicatifs des élèves ainsi que leurs besoins pédagogiques. Ceci demande un véritable engagement dans un travail de collaboration où les buts sont définis en communs (IEPs et objectifs annuels), ainsi que le planning et le contenu des apprentissages. Le programme scolaire devient un véhicule du développement des compétences de communication dans la salle de classe. Les objectifs visent à favoriser le développement des compétences nécessaires à l’accès, la compréhension et la rétention des connaissances requises par le programme scolaire au niveau national. Pour que ceci soit efficace l’orthophoniste doit s’impliquer dans la planification, l’exécution et l’évaluation du programme scolaire. Des sessions de liaisons sont incluses dans l’emploi du temps de manière à ce que le temps de planification soit préservé.
L’importance du langage dans le programme à déjà été discuté longuement par ailleurs (Martin & Miller 1999, Merrit & Culatta 1998). On a déjà largement démontré que même si un enfant qui présente d’importants troubles du langage peut faire face à un mode d’enseignement basé sur l’expérience et le très visuel dans les premières années de scolarité, les exigences du programme et le rythme d’acquisition des connaissances deviennent de plus en plus ardus à mesure que l’enfant avance dans sa scolarité. Nous devons aussi indiquer que c’est plus l’intelligence sociale de l’enfant, davantage que des questions scolaires, qui feront la différence entre un succès et un échec dans sa vie adulte.
L’interaction, élève-élève, ainsi qu’adulte-élève, est une caractéristique importante de l’activité en classe. Les orthophonistes et les professeurs travaillent ensemble afin de créer des stratégies pour que les élèves comprennent l’environnement dans lequel ils apprendront. Le travail des orthophonistes en classe devient de plus en plus dirigé par les principes d’interaction sociale, c’est à dire que la compréhension arrive par l’interaction entre le débutant et les autres Vygotsky (1962).
Etablir la notion de médiation et le savoir centré sur l’être humain est devenu un principe important partout dans l’école et à travers toutes les disciplines. Nous avons examiné l’approche de Feuerstein et aussi en tant que classe entière de l’école, nous avons examiné les concepts de " Savoir Accéléré " de Smith (1995) et l’utilisation de stratégies visuelles et cognitives pour développer et échafauder les compétences d’apprentissage pour les élèves ainsi que pour le personnel.
L’orthophonie est délivrée selon trois modes distincts : les programmes individuels de parole et de langage, le soutien en classe, et les groupes d’interaction sociale.
Programmes individuels de parole et de langage
La complexité et la sévérité du trouble de la communication de chaque élève signifie qu’ils ont été identifiés comme ayant besoin d’une importante prise en charge orthophonique pour qu’ils puissent accéder au programme et être capables d’apprendre. La majorité de ce que les élèves doivent apprendre sur la gestion et le développement de leurs capacités de communication est enseigné de façon individuelle. Il est de l’intérêt des enfants de leur fournir une intervention spécialisée et individuelle, équilibrée avec d’autres paramètres de leur scolarité. Une fois que le programme individuel est mis en place, l’élève peut être aidé à pratiquer et à perfectionner des habiletés dans la classe et en dehors. Le travail individuel avec chaque élève est donc une partie importante de la thérapie orthophonique dans ce cadre. A mesure qu’ils progressent dans leur scolarité, les élèves doivent faire face à des demandes différentes ; d’un point de vue du programme scolaire, de leur propre développement et des attentes sociales. Donc leurs besoins, en termes de langage, changent et se développent. Le programme individuel reflète ces changements et prend en compte les buts et les objectifs établis avec et pour l’élève par l’intermédiaire de l’évaluation annuelle et du programme individuel d’éducation (PIE). Les progrès des élèves vis-à-vis des objectifs orthophoniques sont mesurés par des évaluations standardisées (eg CELF-R, BPUS) et des classements objectifs et subjectifs de leur progression sont établis par le système du PIE. Les progrès sont rapportés de façon formelle lors de l’entretien annuel concernant chaque élève ; c’est une obligation de la " Déclaration des Besoins Spécifiques d’Education ".
Soutien en classe
Le travail en classe est une façon logique et efficace d’influencer l’apprentissage du langage des élèves. Les buts du PIE sont souvent liés à l’activité en classe (par exemple, l’attention au message, le temps passé sur une tâche ) et l’orthophoniste est bien placé pour aider et suivre les progrès des élèves dans ces domaines.
L’orthophoniste en classe est essentiellement réactif à l’environnement et aux besoins des élèves en classe. Il joue un rôle de collaborateur pour permettre à l’élève de comprendre l’information, les instructions et les concepts livrés par l’enseignant dans sa leçon. L’association entre l’orthophoniste et l’enseignant est basée sur une compréhension commune des différences entre leurs rôles respectifs et leur domaine d’influence. En travaillant ensemble, les différents professionnels développent une confiance en leurs capacités, à reconnaître où leur travail peut fournir un soutien mutuel et un environnement éducatif optimal pour des élèves présentant des troubles de parole et de langage. Travailler efficacement en classe présuppose de bonnes relations de travail avec les spécialistes des différentes matières, une connaissance du contenu du programme et des sessions individuelles. Une communication et un échange entre enseignant et orthophoniste sont indispensable avec cette manière de travailler.
Le rôle de l’orthophoniste en classe est de se concentrer sur l’information significative, les concepts importants et le vocabulaire et, dans une certaine mesure, de remplir les lacunes de chaque élève en abordant les concepts de base et en explorant les idées nécessaires avec l’élève à une vitesse appropriée. L’orthophoniste peut renforcer les capacités d’apprentissage de l’élève en utilisant par exemple les indices visuels, un entraînement auditif ou des stratégies d’organisation pour que les élèves réussissent en apprenant et en développant leur confiance en eux. L’organisation, au niveau personnel et à l’intérieur d’un groupe, dépend largement des capacités de langage, - les élèves ont besoin de soutien pour identifier et entraîner leur style individuel d’organisation. L’orthophoniste peut adopter un rôle plus ou moins actif pendant la séance, parfois en apportant un soutien à l’élève, en travaillant en petit groupe, en renforçant le vocabulaire avec le groupe entier ou en travaillant avec l’enseignant pour démontrer un point particulier. Pour que cette approche soit un succès, une bonne communication avec l’enseignant, un respect et une confiance mutuels sont nécessaires.
La classe est l’environnement idéal pour que l’élève entraîne et développe ses capacités de langage et de communication sur lequelles il/elle a travaillé individuellement ou en groupe d’interaction sociale. L’orthophoniste travaillant en classe à travers le programme peut aussi mettre en évidence des liens explicites entre des sujets du programme scolaire qui sont trop difficiles à faire pour les élèves. Le programme devient un moyen précieux pour l’élève pour développer ses compétences langagières ; le fait que l’orthophoniste connaisse l’activité en classe et les problèmes liés au programme permet un bon niveau de concordance entre l’activité individuelle et le travail en classe. Utiliser le programme comme base de langage ajoute un plus au travail individuel de langage et donne de nombreuses occasions d’apprentissage pour l’élève.
L’interaction Sociale
Le troisième axe d’intervention en orthophonie est le groupe d’interaction sociale géré par les thérapeutes comme une activité dans l’emploi du temps de chaque élève à l’école. Bien que cela soit conforme aux demandes générales en langage oral et écrit (en Grande-Bretagne), les retombées des séances vont bien au-delà du programme explicite. Ces enfants ont besoin d’occasions spécifiques pour apprendre et pratiquer leurs capacités de langage comme une modalité efficace avec leurs pairs et les adultes dans des contextes sociaux. Il ne s’agit pas seulement de langage mais aussi de réalisation plus large d’un comportement social et de l’acquisition d’une gamme des capacités individuelles qui seront utiles tout au long de leur vie.
Les orthophonistes de l’école Sainte Catherine ont développé une structure pour l’Interaction Sociale qui a comme but de donner une approche structurée et schématique à ce vaste domaine.
En regardant les compétences de base visées, nous avons essayé d’établir une structure en spirale qui permettra le développement des compétences fondamentales, pouvant être révisée et élargie à chaque niveau scolaire. En travaillant à l’intérieur d’un environnement pédagogique où il est possible de prédire et de satisfaire - au moins jusqu’à un certain point - les demandes sociales, cela a rendu ce procédé plus facile.
En prenant comme point de départ le travail sur la pragmatique du langage, les capacités qui devraient être développées à travers des stades-clés " Key Stages " ont été identifiées. Elles ont été rassemblées sous des titres tels que Sentiments (KS2), Faire Connaissance (KS3), Parler des problèmes (KS4). Les différents sujets sont inscrits dans l’année afin qu’il soit possible de suivre ce que chaque élève reçoit et d’un niveau à l’autre.
L’évaluation se fait par l’observation et les notes de l’orthophoniste, en utilisant des rapports écrits et des vidéos. A mesure qu’ils progressent, les élèves commencent à évaluer leurs propres progrès, en utilisant les programmes d’observations structurés et des enregistrements vidéos. La vidéo est un outil très positif et très puissant dans ce domaine. La possibilité de s’observer lors de la réalisation d’activités diverses a été très utile aux élèves, même à ceux qui montraient peu d’amour propre dans plusieurs autres domaines.
Etre attentif aux autres et la capacité à recevoir et à donner un feed-back adéquat, verbal et non verbal, est un bon point de départ. La conscience de soi développée grâce à des activités de groupe, des jeux et un travail de coopération, guidée par la vidéo et la photo, est un aspect important du programme d’interaction sociale. Au début, les capacités d’attention et d’écoute sont développées et renforcées en séance structurée. L’accent est mis sur la conscience du langage corporel et de la proxémique. A mesure que les élèves progressent, on leur offre la possibilité d’apprendre certaines méthodes de négociation et comment développer leurs capacités de dialogue et de conversation. Plus tard, un travail sur l’affirmation implique comment exprimer une opinion, comment écouter les idées des autres et comment ne pas être d’accord. La résolution des problèmes en groupe et le travail d‘équipe sont des activités récurrentes. Le travail sur les capacités de langage plus élaborées telles que l’inférence et la prédiction se fait à un âge et à un niveau adéquats ainsi que le travail sur le langage figuratif.
L’interaction sociale se poursuit dans le secteur des plus de 16 ans dans l’école où cela demeure un élément essentiel du programme, non seulement sous forme de cours, mais aussi comme élément de la formation professionnelle. On demande de plus en plus aux élèves d’utiliser leur capacités de communication dans les activités de planification et de négociation à l’école et dans la communauté.
Au cours des années nous avons rassemblé à l’école du matériel pédagogique d’un grand intérêt pour les activités d’interaction sociale. Une certaine partie de ce matériel a fait l’objet de publication (par exemple Rinaldi (1992), Kelly (1995), Rustin & Kuhr (1989)). Il y aussi beaucoup de livres d’activités différents et beaucoup de matériel qui a été adapté et développé à l’école pour satisfaire les besoins des groupes de niveau particuliers. Notre expérience nous amène à penser que pour satisfaire les besoins des élèves, il est préférable d’adopter une approche éclectique plutôt que d’adhérer à un programme particulier. La structure pour l’interaction sociale permet la flexibilité et l’adaptation du matériel pour satisfaire aux besoins d’un groupe particulier tout en assurant une approche maniable et quantifiable. Afin de suivre les élèves, et dans un cadre de formation professionnelle continue pour l’équipe d’orthophonie, tous les rapports d’interaction sociale sont étudiés chaque année par des pairs. Chaque orthophoniste présente des vidéos de l’activité d’interaction sociale ainsi que son analyse, comme base de discussion au sein de l’équipe d’orthophonie.
Résultats
Pour en démontrer l’efficacité, il est nécessaire d’avoir la possibilité de mesurer comment une intervention particulière peut affecter les résultats pour la population ciblée. Comme le disent McCartney et Van Der Gaag (1996) les mécanismes de l’évaluation de l’intervention orthophonique, dans les écoles, est loin d’être facile. En tant qu’établissement privé, il est impératif que nous soyons capables de démontrer la " plus value " de l’orthophonie intégrée à la scolarité des jeunes de l’école.
A ce stade, l’évaluation se fait à plusieurs niveaux. Le développement de l’élève est mesuré en termes de progrès individuel par rapport aux buts exprimés lors de la revue annuelle et chaque trimestre par les PIE. Ces buts sont de différentes natures : académique, linguistique : basés sur la communication et le comportement. Les objectifs du PIE à l’école sont accompagnés de plans d’action individuels gérés par l’équipe de soins aidant l’élève à développer ses compétences sociales et personnelles dans les environnements informels quotidiens.
Pour chaque élève, les objectifs généraux sont déterminés chaque année en utilisant une série de tests de base pour l’évaluation des capacités scolaires. Les résultats du CELF-R sont inclus dans ces objectifs en utilisant les résultats bruts et standardisés pour chaque série de sub-tests.
Un autre moyen d’évaluation est le résultat académique des élèves. A la fin de Key Stages 2 & 3, les élèves passent l’examen national " Standard Attainment Tests "(SATs). Tous les élèves suivent les cours nationaux du Key Stage 4 et sont évalués à l’extérieur de l’école. Le degré de résultats de cette évaluation est une mesure des progrès de l’élève dans sa scolarité.
L’école, comme établissement d’éducation, dépend du Département de l’Education et de l’Emploi et, en tant que tel, est inspecté par l’OFSTED. Un rapport récent sur l’établissement a qualifié le travail d’équipe mené dans l’école comme une force majeure, et les membres de l’OFSTED ont été favorablement impressionnés par l’enseignement donné aux élèves. Ce processus d’évaluation prend en compte l’opinion des parents sur l’école, et ceux-ci ont exprimé une large satisfaction quant aux activités offertes à l’école.
Enfin, les résultats les plus significatifs sont ceux qui concernent la vie des élèves quand ils quittent l’école Sainte Catherine. Le degré d’efficacité avec lequel les jeunes peuvent fonctionner effectivement en société est la mesure la plus rigoureuse de l’efficacité de l’éducation qu’ils ont reçue durant leur scolarité.
On décrit de plus en plus dans la littérature les difficultés à long terme rencontrées par les individus porteurs de graves problèmes de communication. Le problème le plus important et le plus durable auquel ces jeunes sont confrontés est celui de la compréhension, de l’instauration et du maintien des relations sociales. Il est de la responsabilité de ceux qui travaillent avec ces groupes d’enfants de s’assurer qu’ils ont au moins une idée de la façon de fonctionner comme des membres à part entière et productifs d’une société.
Un rapport récent sur une recherche longitudinale effectuée par l’intermédiaire du " Projet de Développement du Langage " fait état des résultats des enfants dont l’éducation spécialisée en langage a été arrêtée vers 8 ou 9 ans (Cleggs, Hollis & Rutler 1999). La lecture de ce rapport est attristante. Ce rapport expose les résultats d’un groupe de jeunes semblables aux élèves de l’école St Catherine, mais qui ont reçu une prise en charge limitée ; ils n’ont pas eu d’orthophonie après l’âge de 9 ans. Sans exception, les jeunes hommes de ce groupe - maintenant âgés de 20 ou 30 ans - ont eu des expériences de vie difficiles et peu satisfaisantes. Ils n’ont pas été soutenus dans leur adolescence et leur vie adulte en rapport avec la complexité d’un trouble durable qui n’est en général pas reconnu par le public. La fréquence des troubles mentaux et émotionnels est élevée et nous n’avons pas observé de capacités d’indépendance chez ces individus, ni de stratégies leur permettant de faire face à des événements inattendus. La plupart des jeunes gens de cette étude sont toujours très dépendants de leurs parents dans leur vie quotidienne et ils ne présentent pas, en tant que groupe, de capacités à attirer et à retenir des partenaires pour leur vie.
Les contacts pris avec les jeunes qui sont passés à Ste Catherine montrent une image plus optimiste.
Une étude à long terme des résultats des élèves de St Catherine vient juste à commencer. Bien que l’école se soit spécialisée depuis 20 ans dans la prise en charge des élèves ayant un problème de parole et de communication, l’extension vers la scolarité des enfants de 16 ans et plus est relativement récente. Les réactions à court terme des jeunes qui sont partis après 16 ans sont très encourageantes, car une proportion significative a réussi une formation professionnelle au collège et a trouvé du travail.
Beaucoup d’élèves ayant quitté l’école à 16 ans restent en contact et reviennent pour certaines manifestations à l’école. Quelques-uns d’entre eux ont des problèmes si sévères qu’ils restent dépendants de leur famille ou d’une équipe soignante, et ont besoin d’un environnement protégé pour vivre et pour travailler. Cependant, la majorité mène une vie indépendante et utile. Beaucoup auront des problèmes de communication toute leur vie, mais ils ont su développer des stratégies afin de faire face à leurs problèmes.
Il est très important pour que la scolarité des élèves soit un succès, qu’ils soient pris en charge dans un environnement qui permette à tous les professionnels concernés de travailler en collaboration au-delà des frontières de leur territoire et d’établir des programmes adaptés à leurs besoins de fonctionnement et de communication ainsi qu’à leurs besoins pédagogiques.
L’intervention orthophonique comme partie intégrante du processus d’éducation peut faire la différence entre le succès et l’échec pour l’élève à l’école et au delà. Le travail dans une école spécialisée pour des élèves ayant des problèmes graves de parole et de communication permet aux orthophonistes d’améliorer leur propre champ de connaissances et de développer des capacités de travail d’équipe que l’on trouve rarement en dehors des écoles spécialisées. L’échange fructueux des idées, des philosophies et des capacités entre professionnels est stimulante et permet de relever des défis. Le fait d’avoir affaire à une palette de problèmes spécifiques de parole et de communication ainsi que l’occasion de travailler à fond avec un petit groupe est intellectuellement exigeant. Et pour les élèves, nous sommes en mesure de fournir un environnement éducatif efficace capable de satisfaire leurs besoins.