Principes éthiques et
déontologiques
Adoptés à
l’AG du CPLOL, Turin 2009
Introduction
Le CPLOL considère que l’objectif de l’orthophonie en Europe est de contribuer
au bien-être de toutes les personnes qui y ont recours, en accord avec la
Convention Européenne des Droits de l’Homme. Dans ce document, nous avons
utilisé le terme de “patients” pour évoquer toutes les personnes présentant des
troubles de la communication à qui l’orthophoniste fournit un service
professionnel. Les orientations éthiques décrites ici ont pour but de fournir
une base pour la rédaction et la mise à jour des codes éthiques nationaux, et
accompagner toutes les réflexions du domaine.
Les codes éthiques des orthophonistes au travers
de l’Europe sont des variantes qui reflètent les conditions particulières
d’exercice dans chacun des pays. Cependant, nous pensons qu’il existe des
principes fondamentaux qui vaudront dans n’importe quelles circonstances, et qui
seront pertinents dans la sélection de conseils donnés à un niveau plus local.
Au sein de chaque pays, ce code éthique prendra
en compte les lois nationales, les réglementations qui s’appliquent aux soins de
santé comme aux professionnels de santé, et les modalités nationales d’exercice.
Les codes seront différents selon qu’ils sont formulés comme des exigences, des
interdits, des principes généraux, ou bien une combinaison de tout cela. Nous
précisons ici les principes éthiques auxquels nous devons nous référer, les
devoirs éthiques qui en émergent, et les domaines principaux de la pratique
orthophonique dans lesquels nous pouvons identifier des difficultés
particulières.
Principes éthiques et devoirs
L’approche bioéthique dans l’éthique des soins de
santé peut se décrire au travers de principes éthiques qui assurent une
justification des prises de décision, et qui peuvent se décliner en des codes
plus détaillés, reflétant les questions plus spécifiques à la pratique
orthophonique. Ces principes sont :
-
Respecter
l’autonomie et la dignité des personnes
-
Agir au bénéfice des
personnes et contribuer à améliorer leur qualité de vie
-
Eviter toute action
susceptible de faire du mal aux personnes
-
Agir de façon
équitable et juste envers les personnes et la société.
Ces principes sont le fondement de nos
responsabilités éthiques communes envers nos patients, et notamment :
-
Obtenir le
consentement éclairé du patient
-
Maintenir la
confidentialité
-
Communiquer
efficacement
-
Donner un avis et
des conseils argumentés et honnêtes
-
Agir dans les
limites de ses propres connaissances et compétences
-
Agir dans l’intérêt
du patient
-
Respecter les
habitudes morales, culturelles et sociales des communautés locales
-
Tenir des dossiers
précis, objectifs et complets
-
Agir en se fondant
sur des preuves scientifiques et un consensus professionnel
-
Maintenir et
développer ses propres compétences tout au long de sa carrière
-
Encadrer
efficacement toute tâche de rééducation qui aurait été déléguée à autrui
-
Travailler dans un
cadre pluridisciplinaire et coopérer avec les autres professionnels.
Ces principes sous-tendent également nos
devoirs envers la profession, puisque notre comportement et notre
conduite influent sur la capacité de la profession à poursuivre son travail au
bénéfice du patient. Ces besoins se traduisent notamment dans :
-
Le comportement personnel dans son
exercice professionnel et au-dehors
-
Le maintien de la réputation de la
profession
-
La volonté d’éviter toute action qui
pourrait porter préjudice à la profession dans son ensemble ou à un de ses
membres.
Le CPLOL est conscient que ces principes
peuvent entrer en conflit dans certaines situations, et que les
orthophonistes doivent gérer l’interaction entre ces diverses obligations dans
le cadre de la prise en charge d’un patient, pour décider de la marche à suivre.
Cela peut se manifester dans les situations
suivantes :
-
le dilemme entre le respect de la
confidentialité et le besoin d’agir pour protéger un enfant ou un adulte
vulnérable
-
le cas où un patient et ses
parents/l’entourage ont des opinions différentes sur la nécessité de poursuivre
ou non la rééducation – ou sur le contenu de la rééducation
-
les situations où le jugement
clinique d’un orthophoniste quant aux besoins d’un patient est en conflit avec
la politique globale ou locale des soins.
Il n’existe pas de règle pour la résolution de
ces conflits, et c’est l’orthophoniste lui-même qui doit choisir le principe
devant prévaloir dans la situation en question. Chaque individu doit identifier
les principes éthiques implicites dans chaque prise de décision clinique et doit
tenter de faire référence explicitement à ces principes communs qui sont
partagés et mis en œuvre par les orthophonistes européens.
Des défis particuliers pour l’orthophonie
L'orthophoniste, en prenant en charge ses
patients, doit pouvoir rendre compte de ses décisions cliniques et
thérapeutiques, cependant il ne peut être tenu responsable d'une obligation de
résultats, dans la mesure où l'obtention de résultats thérapeutiques dépend de
multiples causes extérieures échappant à son contrôle.
Le CPLOL considère qu’il existe des problèmes
éthiques spécifiques au travail de partenariat avec les patients qui présentent
des troubles de la communication, et avec leurs familles ou leur entourage.
Cela aura une influence sur:
-
Les explications données sur les
résultats du bilan
-
Les décisions concernant la
rééducation et la prise en charge
-
L’obtention du consentement éclairé
Les principes éthiques doivent s’appliquer avec
prudence, et en tenant compte des conséquences qu’ont les difficultés de
communication pour les patients. Les décisions cliniques et les prises en charge
doivent reposer sur une bonne connaissance des facteurs cognitifs et
psychologiques qui peuvent être associés à un trouble de la communication. Toute
décision concernant la prise en charge du patient doit tenir compte de
l’ensemble des facteurs affectant le patient dans son environnement. Il est
généralement admis qu’au sein des populations où il existe différentes langues
maternelles, des défis éthiques spécifiques peuvent émerger si les prises en
charges orthophoniques/logopédiques sont effectuées par des thérapeutes ayant un
héritage langagier différent de leur patient.
De plus, les orthophonistes doivent prendre en
compte la capacité intellectuelle qu’ont les personnes avec lesquelles ils
travaillent, et leur capacité à donner un consentement éclairé. Cette question
aura pu être légiférée dans certains des pays membres. Même dans ce contexte
légal, le fait de considérer a priori que la personne dispose de toutes les
capacités à prendre ses décisions découle des principes éthiques et est
fondamental pour vérifier qu’elle est traitée d’une manière éthique. La
responsabilité principale de l’orthophoniste peut être de s’assurer que d’autres
font bien la différence entre les déficits cognitifs, les difficultés de langage
ou de communication et les troubles intellectuels. On doit également noter que
le jugement sur la capacité intellectuelle doit seulement être porté en lien
avec une circonstance spécifique et n’est pas fixe. Toute décision prise au nom
de quelqu’un qui est considéré comme incapable de prendre des décisions en son
propre nom, doit être justifiée en respectant les intérêts de l’individu.
On doit également ajouter que dans une grande
mesure, l’orthophoniste est invité à contribuer à la prise de décision éthique
dans un contexte pluridisciplinaire plutôt qu’en tant que praticien autonome. En
tant que tel, l’orthophoniste doit reconnaître les normes éthiques d’autres
professionnels, et les décisions prises doivent tenir compte à la fois des
dommages potentiels tout comme des bénéfices imputables à la prise en compte
globale de chaque cas.
Lorsqu’il recourt à
des procédures dans lesquelles il existe un risque spécifique pour
le patient (utilisation de techniques physiques invasives, ou d’approches
psychologiques et thérapeutiques moins bien connues), l’orthophoniste doit
obtenir :
-
Un consentement
spécifique
-
Une formation et
des compétences supplémentaires et spécifiques (si elles n’ont pas été délivrées
par la formation initiale)
-
Un partenariat
approprié avec d’autres professions pour s’assurer que les risques sont minimes
et que l’on évite tout préjudice pour le patient.
Ces situations seront traitées par des procédures
et des normes pratiques spécifiques adaptées au lieu d’exercice.
Conclusion
Une pratique éthiquement valide est essentielle
et représente un vrai défi pour notre profession, et les orthophonistes doivent
apprendre à identifier les dimensions éthiques dans leur pratique clinique.
Cette réflexion tente de guider les orthophonistes et les organisations
regroupant les orthophonistes sur leur façon d’aborder une pratique éthique.
Cette guidance se réfère naturellement aux volontés du CPLOL d’encourager une
pratique éthique en Europe.
Références et liens:
· UK
Clinical Ethics network.
http://www.ethics-network.org.uk/
· Beauchamp,
TL and Childress, JF (2001) Principles of Biomedical Ethics 5th
Edition Oxford: University Press
· Communicating
Quality 3: (2006) RCSLT’s guidance on best practice in service organisation and
provision. London: RCSLT
· Health
Professions Council (2008) Standards of conduct, performance and ethics. London:
HPC
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