Cadre d'exercice éthique en
orthophonie
Introduction
Le CPLOL considère que l’objectif de
l’orthophonie en Europe est de contribuer au bien-être de toutes les personnes
qui y ont recours, en accord avec la Convention Européenne des Droits de
l’Homme. Dans ce document, nous avons utilisé le terme de “patients” pour
évoquer toutes les personnes présentant des troubles de la communication à qui
l’orthophoniste fournit un service professionnel. Les orientations éthiques
décrites ici ont pour but de fournir une base pour la rédaction et la mise à
jour des codes éthiques nationaux, et accompagner toutes les réflexions du
domaine.
Les codes éthiques des orthophonistes au
travers de l’Europe sont des variantes qui reflètent les conditions
particulières d’exercice dans chacun des pays. Cependant, nous pensons qu’il
existe des principes fondamentaux qui vaudront dans n’importe quelles
circonstances, et qui seront pertinents dans la sélection de conseils donnés à
un niveau plus local.
Au sein de chaque pays, ce code éthique
prendra en compte les lois nationales, les réglementations qui s’appliquent aux
soins de santé comme aux professionnels de santé, et les modalités nationales
d’exercice. Les codes seront différents selon qu’ils sont formulés comme des
exigences, des interdits, des principes généraux, ou bien une combinaison de
tout cela. Nous précisons ici les principes éthiques auxquels nous devons nous
référer, les devoirs éthiques qui en émergent, et les domaines principaux de la
pratique orthophonique dans lesquels nous pouvons identifier des difficultés
particulières.
Principes éthiques et devoirs
L’approche bioéthique dans l’éthique des
soins de santé peut se décrire au travers de principes éthiques qui assurent une
justification des prises de décision, et qui peuvent se décliner en des codes
plus détaillés, reflétant les questions plus spécifiques à la pratique
orthophonique. Ces principes sont :
-
Respecter l’autonomie et la
dignité des personnes
-
Agir au bénéfice des
personnes et contribuer à améliorer leur qualité de vie
-
Eviter toute action
susceptible de faire du mal aux personnes
-
Agir de façon équitable et
juste envers les personnes et la société.
Ces principes sont le fondement de nos
responsabilités éthiques communes envers nos patients, et
notamment :
-
Obtenir le consentement
éclairé du patient
-
Maintenir la confidentialité
-
Communiquer efficacement
-
Donner un avis et des
conseils argumentés et honnêtes
-
Agir dans les limites de ses
propres connaissances et compétences
-
Agir dans l’intérêt du
patient
-
Respecter les habitudes
morales, culturelles et sociales des communautés locales
-
Tenir des dossiers précis,
objectifs et complets
-
Agir en se fondant sur des
preuves scientifiques et un consensus professionnel
-
Maintenir et développer ses
propres compétences tout au long de sa carrière
-
Encadrer efficacement toute
tâche de rééducation qui aurait été déléguée à autrui
-
Travailler dans un cadre
pluridisciplinaire et coopérer avec les autres professionnels.
Ces principes sous-tendent également nos
devoirs envers la profession, puisque notre comportement et notre
conduite influent sur la capacité de la profession à poursuivre son travail au
bénéfice du patient. Ces besoins se traduisent notamment dans :
- Le
comportement personnel dans son exercice professionnel et au-dehors
- Le
maintien de la réputation de la profession
- La
volonté d’éviter toute action qui pourrait porter préjudice à la profession dans
son ensemble ou à un de ses membres.
Le CPLOL est conscient que ces
principes peuvent entrer en conflit dans certaines situations, et que
les orthophonistes doivent gérer l’interaction entre ces diverses obligations
dans le cadre de la prise en charge d’un patient, pour décider de la marche à
suivre.
Cela peut se manifester dans les situations
suivantes :
- le
dilemme entre le respect de la confidentialité et le besoin d’agir pour protéger
un enfant ou un adulte vulnérable
- le
cas où un patient et ses parents/l’entourage ont des opinions différentes sur la
nécessité de poursuivre ou non la rééducation – ou sur le contenu de la
rééducation
- les
situations où le jugement clinique d’un orthophoniste quant aux besoins d’un
patient est en conflit avec la politique globale ou locale des soins.
Il n’existe pas de règle pour la résolution
de ces conflits, et c’est l’orthophoniste lui-même qui doit choisir le principe
devant prévaloir dans la situation en question. Chaque individu doit identifier
les principes éthiques implicites dans chaque prise de décision clinique et doit
tenter de faire référence explicitement à ces principes communs qui sont
partagés et mis en œuvre par les orthophonistes européens.
Des défis particuliers pour
l’orthophonie
L'orthophoniste, en prenant en charge ses
patients, doit pouvoir rendre compte de ses décisions cliniques et
thérapeutiques, cependant il ne peut être tenu responsable d'une obligation de
résultats, dans la mesure où l'obtention de résultats thérapeutiques dépend de
multiples causes extérieures échappant à son contrôle.
Le CPLOL considère qu’il existe des
problèmes éthiques spécifiques au travail de partenariat avec les patients qui
présentent des troubles de la communication, et avec leurs familles ou leur
entourage.
Cela aura une influence sur:
-
Les explications données sur les résultats du
bilan
-
Les décisions concernant la rééducation et la
prise en charge
-
L’obtention du consentement éclairé
Les principes éthiques doivent s’appliquer
avec prudence, et en tenant compte des conséquences qu’ont les difficultés de
communication pour les patients. Les décisions cliniques et les prises en charge
doivent reposer sur une bonne connaissance des facteurs cognitifs et
psychologiques qui peuvent être associés à un trouble de la communication. Toute
décision concernant la prise en charge du patient doit tenir compte de
l’ensemble des facteurs affectant le patient dans son environnement. Il est
clair qu’il existe des problèmes et des défis spécifiques à la prise en charge
en orthophonie de patients et de populations où coexistent plusieurs langues
maternelles, par des orthophonistes d’origine linguistique différente.
De plus, les orthophonistes doivent prendre
en compte la capacité intellectuelle qu’ont les personnes avec lesquelles ils
travaillent, et leur capacité à donner un consentement éclairé. Cette question
aura pu être légiférée dans certains des pays membres. Même dans ce contexte
légal, le fait de considérer a priori que la personne dispose de toutes les
capacités à prendre ses décisions découle des principes éthiques et est
fondamental pour vérifier qu’elle est traitée d’une manière éthique. La
responsabilité principale de l’orthophoniste peut être de s’assurer que d’autres
font bien la différence entre les déficits cognitifs, les difficultés de langage
ou de communication et les troubles intellectuels. On doit également noter que
le jugement sur la capacité intellectuelle doit seulement être porté en lien
avec une circonstance spécifique et n’est pas fixe. Toute décision prise au nom
de quelqu’un qui est considéré comme incapable de prendre des décisions en son
propre nom, doit être justifiée en respectant les intérêts de l’individu.
On doit également ajouter que dans une
grande mesure, l’orthophoniste est invité à contribuer à la prise de décision
éthique dans un contexte pluridisciplinaire plutôt qu’en tant que praticien
autonome. En tant que tel, l’orthophoniste doit reconnaître les normes éthiques
d’autres professionnels, et les décisions prises doivent tenir compte à la fois
des dommages potentiels tout comme des bénéfices imputables à la prise en compte
globale de chaque cas.
Lorsqu’il recourt à
des procédures dans lesquelles il existe un risque spécifique pour
le patient (utilisation de techniques physiques invasives, ou d’approches
psychologiques et thérapeutiques moins bien connues), l’orthophoniste doit
obtenir :
-
Un consentement spécifique
-
Une formation et des compétences
supplémentaires et spécifiques (si elles n’ont pas été délivrées par la
formation initiale)
-
Un partenariat approprié avec d’autres
professions pour s’assurer que les risques sont minimes et que l’on évite tout
préjudice pour le patient.
Ces situations seront traitées par des
procédures et des normes pratiques spécifiques adaptées au lieu d’exercice.
Conclusion
Une pratique éthiquement valide est
essentielle et représente un vrai défi pour notre profession, et les
orthophonistes doivent apprendre à identifier les dimensions éthiques dans leur
pratique clinique. Cette réflexion tente de guider les orthophonistes et les
organisations regroupant les orthophonistes sur leur façon d’aborder une
pratique éthique. Cette guidance se réfère naturellement aux volontés du CPLOL
d’encourager une pratique éthique en Europe.
Références et
liens
-
UK Clinical Ethics network
http://www.ethics-network.org.uk/
-
Beauchamp, TL and Childress, JF (2001)
Principles of Biomedical Ethics 5th Edition Oxford: University
Press
-
Communicating Quality 3: (2006) RCSLT’s
guidance on best practice in service organisation and provision. London: RCSLT
-
Health Professions Council (2008)
Standards of conduct, performance and ethics. London: HPC
(Theodora
Bontsiou, Trine-Lise Dahl, Ingrid Kongslov, Karin Müller-Römheld, Joe Reynolds,
Linda Schrey-Dern, Hazel Roddam. Octobre 2008)
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